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La musique crétoise
à Strasbourg

Ecoutez un extrait musical...
Michalis Alefantinos - "Mousikes enotites"
(format MP3, taille 513 Ko - durée 43")

Vendredi le 27 Octobre 2000, à la salle de la Bourse,
Strasbourg a eu la rare occasion de faire la connaissance de la musique
crétoise, un des nombreux "idiomes" de la musique traditionnelle
grecque.
La définition de ce(s) type(s) de musique n'est pas évidente,
étant donné que la Méditerranée est un bassin
dont l'histoire porte l'empreinte de la musique ou, plutôt, dont
l'histoire est sa musique : époques, dogmes, styles, peuples et
langues différents bouleversent continuellement, mettent l'ouest
et l'est sans cesse en opposition et simultanément en convergence.
La Grèce est donc une micrographie de cet amalgame
musical : chaque région grecque a sa propre musique... Ainsi, chaque
région crétoise a-t-elle sa particularité musicale.
Le résultat ? Une musique "sans père" ; rythmes
et instruments qui voyagent dans le temps et l'espace, qui s'évoquent
et qui s'oublient dans un partage commun à travers la Méditerranée
et jusqu'aux Indes. Il n'est pas un hasard si les gammes de la musique
orientale s'appellent "macam", c'est-à-dire chemins.
Bien entendu, la musique crétoise donne son propre
ton dans cette mosaïque : des unités rythmiques, qui, à
partir d'un "noyau" mélodique, se répètent,
en formant des variations illimitées... Ici, la moindre touche
différente de l'instrument par son musicien peut donner un autre
résultat acoustique ; jamais un musicien ne peut jouer le même
morceau de la même facon ; il ne peut pas se répéter;
voilà le paradoxe! Il s'agit donc d'une musique à improviser,
"rythmée" par son " même " variant (leitmotiv),
et articuléee en iambes de 15 syllabes (c'est la métrique
de vers la plus répandue en Crète) qui forment 11 danses
officiellement répertoriées.
Poutant, ni la musique ni la poésie ne peuvent se considérer
seules et séparées ; mais toutes les deux consistent en
un eidos musico-poétique indissociable, ce qui ne signifie pas
qu'il s'agit d'une forme "restreinte" ou d'une musique qui "exécute"
et divulgue en vain une "maniera" musicale.
En général, presque tous les instruments
orientaux permettent d'interprétrer la musique crétoise.
Cependant les instruments traditionnels sont la lyre, le violon, le luth,
le oud, le boulgari et le tzouras - qui appartiennent à la même
catégotie que le luth -, le mandolin, les cornemuses (instrument
à vent bucolique), et diverses sortes de percussion (cubus, daouli,
tablita, tabor etc).
La thématique poétique de cette musique a,
principalement, trois constantes: l'Amour, la Liberté et la Mort.
Un vers crétois dit :
"L'amour et la mort portent la même
épée
Toutes les deux attaquent de manière sournoise et soudaine"
Devant cet étonnement, la seule chose qu'on puisse
faire, c'est de répondre par un cri au lieu de mots, par un sanglot
à peine entendu ou des rires éclatants en tant que réaction
inattendue et pour cela "impieuse" à la souffrance
; la plainte, le pathos et la révolte se corporalisent et la voix
sort pour emporter et pour s'emporter... contre le "sans raison"
de la joie et de la tristesse ou - mieux - contre leur raison commune.
Celui qui nous a initiés à cette musique
est Michalis Alefantinos avec ses musiciens. Né à Agios
Mamas en 1957 dans la région de Mylopotamos Rethymnou, patrie,
selon une vieille tradition, des plus grands joueurs de lyre crétois
- Psarantonis, Nikos Xylouris, Kostas Mountakis, Athanase Skordalos -
Michalis Alefantinos est issu d'une famille musicale. Son père
était un très grand joueur de lyre (l'instrument principal
crétois) et il fabriquait des instruments, comme le frère
de Michalis qui est également un virtuose du luth. Michalis Alefantinos
continue avec respect cette tradition. Mais ce qui rend plus célèbre
encore ce lyraris (joueur de lyre), c'est qu'il compose ses vers et sa
musique ; de nombreuses chansons crétoises illustres sont ainsi
de sa propre composition.
Dès son enfance il a commencé à s'intéresser
à la musique, malgré les réactions de son père
; et élève de collége, il fait ses débuts.
En 1978, il prépare son premier disque sous le titre "Premier
pas". A ce jour, il a édité six disques, dont
le dernier, "Cercle d'Amour" (Erotikos Kyklos), en
mai 2000. Connu dans le monde entier - il se produit régulièrement
en Europe, aux Etats-Unis et en Australie -, il est le Président
de l'association des musiciens crétois. En octobre 2000, à
l'initiative de l'association Alsace-Crète, il était en
tournée en France (Paris et Strasbourg) et au Luxembourg.
Michalis Alefantinos avec ses musiciens nous prouve que le dionysiasme
est encore en vie...
C.S.
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