ALIMENTATION
Le régime crétois : excellent pour
les Alsaciens
A l'invitation de l'association Alsace-Crète, le
Pr Serge Renaud et le Dr Jacques Henry ont parlé du régime
crétois et de ses vertus le samedi 16 mars devant un public nombreux
réuni dans la salle de la Bourse.

Adopter de nouvelles habitudes alimentaires, plus connues
sous le nom de « régime crétois », permet de
limiter les risques de maladies cardio-vasculaires et d'allonger l'espérance
de vie.
Depuis un peu moins d'un an, la clinique de l'Orangerie à Strasbourg
propose aux malades victimes d'un infarctus une réadaptation
cardiaque. En une quinzaine de séances d'une demi-journée,
les malades se « soignent » par des efforts d'endurance,
des séances de relaxation et de gestion de stress, mais aussi
une consultation de tabacologie et une prise en charge innovante de
la nutrition.
Trop gras, trop salé, trop alcoolisé
L'importance des habitudes alimentaires n'est plus à
démontrer dans une région qui connaît un fort taux
de mortalité cardio-vasculaire. A âge et taille égaux,
les hommes alsaciens pèsent en moyenne 6 kilos de plus que les
Toulousains ; les Alsaciennes, 6 à 9 kilos de plus que les Toulousaines.
« On mange trop gras, trop salé, trop riche, et on consomme
trop d'alcool », dit le Dr Jacques Henry, cardiologue coordinateur
du centre Recor de l'Orangerie. Recor a engagé un partenariat avec
de grands chefs cuisiniers, des boulangers qui viennent faire des démonstrations.
« L'objectif est double : faire passer le message d'une alimentation
plus saine auprès de nos stagiaires et fournir aux professionnels
des métiers de bouche un cahier de charge qui leur permet de marier
une cuisine alsacienne gardant son âme avec la philosophie de l'alimentation
crétoise », dit le Dr Henry.
Le Pr Serge Renaud, directeur de recherche à l'Inserm de Bordeaux,
a dirigé, alors qu'il était en poste à Lyon, une
étude qui a démontré la réduction de 70 %
des décès cardiaques dans un groupe expérimental
ayant suivi pendant 27 mois un régime crétois. Celui-ci
est basé sur 6 commandements diététiques : davantage
de pain, de légumes secs et verts, de poisson, moins de viande
remplacée par de la volaille, pas un jour sans fruits, utilisation
de l'huile de colza (riche en acide alpha-linolénique essentiel
dans le régime crétois) et d'olive. Le beurre et la crème
sont remplacés par une margarine spéciale, substitut d'aliments
crétois indisponibles en France. [...]
Compatible avec un régime de gourmet
« Ces habitudes, dit le Pr Renaud, sont compatibles
avec une alimentation de gourmet et diffèrent peu de celles de
nos arrières grands-parents du sud de la France. L'huile de colza
était déjà consommée il y a 4 000 ans, mais
comme elle est moins chère que l'huile de tournesol, les industriels
acceptent difficilement de reconvertir leur production. Ce qui est important,
ce sont les repas de tous les jours, les repas occasionnels au restaurant
ou chez des amis ne sont pas déconseillés ».
« L'alimentation crétoise ne sonne pas la fin des Winstub
», dit pour sa part le Dr Henry. « Il faut au contraire
conserver le côté convivial de l'alimentation. Les exceptions
(charcuterie, tartes flambées, etc.) sont permises ; il faut savoir
les gérer. Sinon la vie devient invivable ».
Quant à savoir si l'alimentation méditerranéenne
convient à des régions comme l'Alsace où manger permet,
aussi, de lutter contre le froid, la réponse se trouve en Finlande.
Ce pays, qui a fait du régime crétois une politique de santé
publique a diminué sa mortalité coronarienne - la plus forte
du monde il y a 30 ans - de 55 à 68 % sur une période de
20 ans.
Claude Keiflin, DNA du 14.03.02
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