HISTOIRE
de la CRÈTE MINOENNE
Tous les amateurs ou passionnés plus ou moins
avertis de Crète savent que cette île a hérité
d'un passé très riche et qu'elle occupa une place importante
dans le Bassin Méditerranéen bien avant Athènes.
Les premiers habitants de la Crète.
Contrairement à ce que pensait Arthur Evans, les
premiers peuples à avoir habité la Crète ne venaient
sans doute ni d'Egypte ni d'Afrique ni de Libye. En effet, d'après
les études anthropologiques des ethnologues et des craniologues,
ce sont des peuplades correspondant au type de la Méditerranée
nord orientale et originaires du Bassin du Danube jusqu'aux Monts du Caucase
qui auraient émigré les premiers en Crète. La datation
de ces premiers peuplements est plus difficile. Des tessons trouvés
dans des puits à Cnossos datent du 6e millénaire.
D'autre part, les travaux de prospection de l'Institut
canadien dont les premiers résultats ont été révélés
en 1987 confirment la présence d'industries lithiques apparemment
prénéolithiques dans la gorge de Samaria et près
de Timios Stavros.
Ce n'est qu'à partir de 2800 av. J.C. que des peuples de l'Ouest
de l'Anatolie envahirent la Crète. Invasions auxquelles succédèrent
des échanges entre la Crète et Chypre, la Cilicie, la Syrie,
l'Egypte et l'Italie.
Les débuts de l'âge du bronze et de la civilisation minoenne
(de 2 600 à 2 000 av. J.C.)
Dès 2600 avant J.C. la Crète se développe
grâce à l'arrivée d'immigrants d'Anatolie connaissant
une technologie plus avancée et susceptibles d'introduire l'usage
du bronze et d'une façon plus générale de la métallurgie.
L'art de la céramique se développe aussi
avec le style de Pyrgos (au décor incisé), le style Vassiliki
(décor flammé), la barbotine (on colle des éléments
en relief sur le vase). Les artistes confectionnent des bijoux, des sceaux
en ivoire ou en stéatite.
Mais c'est grâce à sa marine que la Crète
prend la première place dans le monde égéen. Les
ports de Malia, Zakro, Palaikastro, Mochlos se développent ; on
y importe du cuivre de Chypre, de l'or et de l'argent des Cyclades, de
l'étain de Sicile. Le centre de la Crète domine les autres
régions grâce à la création de la route Cnossos-Phaestos.
En l'absence de tout document écrit, de nombreuses
questions restent cependant sans réponse : la structure architecturale
des premiers palais est-elle déjà établie ? Existe-t-il
une organisation commerciale basée sur l'échange ? La société
est-elle de type féodal ? La religion est-elle déjà
déiste ?
Mais tout est prêt pour l'avènement des premiers
palais.
De 2 000 à 1 700 avant Jésus Christ : La période
des premiers palais.
Avec la construction des premiers palais, commence en Crète
une ère nouvelle de prospérité et d'essor. Essor
économique grâce à la domination de la flotte crétoise
en Mer Egée, à ses relations avec l'Argolide, la Grèce
centrale, Chypre, l'Egypte, l'Asie Mineure.
Les Crétois sont passés maîtres dans
l'art du bronze, de la céramique (style polychrome de Kamaris),
de la confection des bijoux...
La religion semble monothéiste puisque les Crétois
auraient vénéré une Déesse Mère.
Les Crétois utilisent une écriture hiéroglyphique
et une autre, le linéaire A, non déchiffrée à
ce jour.
Mais le témoignage essentiel de cette civilisation
sont les palais construits à Knossos, Phaestos, Malia et Zakro
selon un plan que l'on peut comparer à ceux découverts en
Mésopotamie. La caractéristique essentielle de ces palais
est la cour centrale orientée Nord-Sud et autour de laquelle sont
élevés des bâtiments à plusieurs étages
avec de nombreuses pièces. Le confort y est remarquable pour l'époque
avec système d'évacuation d'eaux usées, salles de
bain, salles d'apparat, escaliers majestueux, murs couverts de fresques...

Les fonctions de ces palais sont multiples.
Il s'agit d'abord d'édifices monumentaux d'apparat, de résidences
princières ou royales. Un lieu cultuel et culturel aussi avec ses
salles centrales, ses statuettes, son théâtre, le roi ou
prince (Minos ?) exerçant les fonctions de grand prêtre.
Les nombreux ateliers, des bâtiments comme celui appelé "de
la Douane" à Knossos, les routes qui menaient à ces
palais prouvent que ces édifices étaient également
des centres commerciaux où transitaient de nombreuses marchandises.

Les palais étaient enfin des centres d'éducation
où le jeune apprenait les métiers (une ardoise a été
trouvée dans le palais de Malia), mais où il était
également initié aux cérémonies cultuelles
(tauromachie ?). Tout cela nous prouve que, dès les premiers palais,
la société crétoise est très bien organisée
avec un pouvoir central très puissant qui régit tout.

Ces premiers palais disparaissent vers 1 700 avant
J.C. pour des raisons qui, par manque de preuves, n'ont pas été
déterminées à ce jour. Certains archéologues
comme Nicolas Platon suggèrent qu'ils furent détruits par
des tremblements de terre. Van Effenterre pense, quant à lui, à
une révolte de la population contre le pouvoir. Le mystère
reste entier...
[Le palais de Galatas...]
La période des seconds palais (de 1700 à 1450 avant Jésus Christ)
Il serait prétentieux de notre part de présenter ici en quelques lignes cette période très riche de l’histoire de la Crète minoenne entre 1700 et 1450 qu’on qualifie souvent d’âge d’or de la civilisation minoenne. Période qu’on appelle néopalatiale (des nouveaux palais) ou des seconds palais.
Détruits vers 1700, sans doute par une catastrophe naturelle ou –moins probable- par une révolte ou une invasion, les palais de Knossos, de Phaestos, de Malia et de Zakro sont reconstruits sur la base des premiers, à l’identique, mais plus majestueux et avec des innovations comme les colonnes en bois de cyprès et les puits de lumière. L’art devient naturaliste avec, en céramique, le style floral et le style marin. Et de magnifiques fresques ornent les murs des palais et des riches constructions.
Knossos aurait pris alors la prééminence sur les autres palais. Et la Crète se développe économiquement jusqu’en Egypte au sud et jusqu’au Péloponnèse au nord. C’est la thalassocratie minoenne.
Pendant la dernière phase de cette période (entre 1580 et 1450) appelée « minoen récent » selon la chronologie d’Arthur Evans, aurait régné le roi Minos, mort selon l’historien Hérodote 90 ans avant la guerre de Troie.
Et en 1450, pour des raisons elles aussi inconnues et mystérieuses, cette civilisation minoenne disparaît…
La disparition de la civilisation minoenne (vers 1450 avant Jésus-Christ)
Après avoir atteint son apogée entre 1700 et 1450, la civilisation minoenne, avec laquelle ne peut alors rivaliser que la civilisation égyptienne, disparaît brutalement entre 1450 et 1400 avant Jésus-Christ : tous les palais sont détruits ; seul celui de Knossos sera reconstruit.
Comment expliquer pareil anéantissement ? Les explications et interprétations sont hélas presque aussi nombreuses que celles qui concernent le déchiffrement du disque de Phaestos ! C’est dire !
A en croire l’historien grec Hérodote du Ve siècle avant notre ère, Minos, à la recherche de Dédale, après 5 ans de siège, ne put prendre la ville de Camicos (Agrigente) en Sicile. Il fut même tué par Cocalos, le roi de Camicos, dans d’horribles circonstances, ébouillanté dans son bain par ses filles. Sur le chemin du retour, les Crétois, surpris par une tempête, se seraient installés en Iapygie et y auraient fondé plusieurs cités entre les villes actuelles de Brindisi et de Tarente. « Dépeuplée, la Crète reçut d’après les Praisiens (de la cité crétoise de Praisos) d’autres habitants, en majorité des Grecs » (Hérodote, L’Enquête VII).
On a longtemps pensé après les études menées par le Professeur Marinatos que cette civilisation avait disparu sous les cendres de l’éruption du volcan de Santorin. Explication plaisante mais qui ne semble pas résister aux dernières études selon lesquelles l’éruption daterait de 1650 avant Jésus-Christ.
La Crète aurait-elle été victime de tremblements de terre (cause de la destruction des premiers palais), de luttes internes, de guerres civiles, d’invasions ? Et si c’était un peu tout cela ? Si, affaiblie par l’éruption de Santorin, la disparition de Minos et de sa flotte, la Crète n’avait pas tout simplement été occupée par les Mycéniens avec lesquels ils entretenaient déjà des relations pacifiques.
Et c’est alors que la civilisation minoenne a fait place à la civilisation mycénienne…
La période postpalatiale (après 1450 avant Jésus-Christ)
Lorsque, vers 1450, disparaît la civilisation minoenne, tous les palais ont été détruits ; seul celui de Knossos survivra mais sous domination mycénienne, comme le prouvent les tablettes trouvés sur le site. Mais jusqu’à quand ? Nul ne le sait à ce jour.
Si la plupart des palais ont disparu, la civilisation minoenne, influencée par la culture mycénienne, n’en est pas encore à son déclin. Pour preuve, les salles à colonnes, les mégaron, les petites chapelles avec autels trouvés à Phaestos, Tylissos, Gournia, Agia Triada, Knossos… En fait, les Achéens qui ont d’abord été les élèves des Minoens préservent leur originalité et introduisent en Crète leurs coutumes, leur religion (c’est à cette époque qu’apparaît le panthéon divin où figurent Zeus, Héra, Poseidon ou Athena). Une grande puissance centralisatrice régne sur l’île dans un système de type féodal, mais on sait peu de choses sur la vie à cette époque, et les principales cités où habitaient les Crétois restent à découvrir. Le commerce basé sur l’exportation perd de son importance même si l’île est toujours aussi riche grâce au développement de l’agriculture. La production artistique devient plus massive.
La Crète participe à la guerre de Troie, y fournit le plus grand nombre de vaisseaux (80 selon certains historiens) et, selon Hérodote, « les Crétois se rangèrent parmi les plus vaillants défenseurs de Ménélas ». Mais « ils en furent payés à leur retour par la famine et la peste ». En tout cas, la Crète a perdu maintenant sa puissance militaire et ne pourra résister vers 1100 à l’invasion dorienne.
L’invasion des Doriens en Crète.
Avec l’invasion des Doriens, qui descendent de la région danubienne et s’installent en Grèce continentale puis en Crète vers 1100 avant notre ère (selon l’historien grec Thucydide, 80 ans après la guerre de Troie), c’est vraiment la fin de la civilisation minoenne.
Alors que Crétois et Mycéniens étaient culturellement très proches, les Doriens apportent une autre forme de culture : la fabrication et l’utilisation du fer et des armes, l’incinération de morts, les motifs géométriques dans la céramique, les temples…
Knossos est à nouveau incendié. Les Crétois s’installent durablement dans les montagnes « en résistance » alors que d’autres quittent l’île pour l’Asie Mineure.
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