L'olivier, arbre sacré de Crète

 

Début de page Un arbre béni des dieux….

"Ici pousse un arbre béni…, un arbre immortel, invincible, terreur des armées ennemies, nourriture pour notre ville, l'olivier aux feuilles d'argent, l'enfant d'Athena aux yeux verts."

C'est ainsi que le tragédien antique Sophocle décrivait l'olivier il y a 2500 ans.

De fait, l'olivier, dont le rameau est symbole de paix et la couronne de victoire a toujours revêtu un caractère sacré. Et la mythologie grecque le considère comme un don d'Athena qui serait née en Crète aux sources du Triton.

Début de page…et des hommes

La présence de cet arbre en Grèce est attestée dans la plus haute antiquité puisqu'on a trouvé à Santorin des feuilles d'olivier fossilisées datées de 37 000 avant J.C.

Témoin aussi la fresque de Knossos dite du "Bosquet sacré" où des femmes dansent sous les oliviers d'une couleur bleu vert.

Plus près de nous, au XVIIe siècle, l'huile d'olive crétoise exportée en Provence servait principalement à la production du savon de Marseille.

Et aujourd'hui 27 millions d'oliviers - soit 57 oliviers par Crétois - couvrent près de la moitié des surfaces cultivées de l'île et produisent plus d'un million d'hectolitres par an, soit 30% de la production grecque.

La mer d'oliviers de Kavousi

C'est dire combien cet arbre béni a marqué l'histoire de la Crète et fait partie de son patrimoine.

Il n'est d'ailleurs que de voir ce que représente l'olivier pour le paysan crétois comme pour le commun des habitants de cette île. Pour un paysan crétois, faire son huile équivaut à faire son vin pour un paysan français. Et pour tout Crétois l'olivier représente une source importante de revenus, intéressant complément pour l'ouvrier, le marin, le tavernier.

Comme toutes les cultures, l'olivier nécessite une présence et un travail presque quotidiens : deux labours annuels au printemps et à l'automne, deux tailles en mars et en automne, la cueillette de septembre à février (des olives vertes et noires de consommation courante aux olives destinées à l'huile) et surtout un arrosage presque quotidien. Même si 220 mm d'eau suffisent par année à son irrigation. Notre ami Michaelis Pervolarakis de Kavousi, qui possède avec ses deux fils quelque 800 oliviers, arrose ses arbres 20 à 25 minutes tous les deux jours. Le fruit de son travail : environ 7 tonnes d'huile (dont 2 sont vendues à nos membres !). Mais il avoue lui-même que son voisin et ami Georges Remediakis, en travaillant davantage encore son oliveraie, produit encore plus avec le même nombre d'arbres.

Début de page La vie de l'olivier

En Crète, l'olivier bénéficie de conditions idéales. Cet arbre pousse en effet entre 0 et 600 m. avec une prédilection pour une altitude inférieure à 300 m. D'autre part l'olivier aime les étés chauds et secs qu'il supporte grâce à ses racines très importantes et dont il profite pour la maturation et la constitution des rameaux de l'année suivante. Il a besoin également d'une certaine période de froid où il peut même supporter pendant deux ou trois jours une gelée de -10° pour que se produisent la floraison et la fructification à venir.

L'olivier a ceci de particulier qu'il ne produit bien qu'une année sur deux. En effet, la première année, l'arbre fait du bois et, la seconde, il produit des fruits. Et il n'est pas rare ainsi de voir des olives aux arbres toute l'année comme le remarquait déjà Homère : "Ces arbres, soit l'été, soit l'hiver, étaient éternellement chargés de fruits; tandis que les uns sortaient des boutons, d'autres mûrissaient à la constante haleine du zéphir : la jeune olive, bientôt à son automne, faisait voir l'olive naissante qui la suivait" (in Odyssée, chant VII).

De fait, la floraison dure deux à trois semaines en avril et, en moyenne, une fleur sur deux est fécondée pour donner une olive. Aucun insecte ne pollinise les fleurs ; c'est le travail du vent de transporter le pollen des arbres mâles aux arbres femelles.

Il faut 5 kilos de fruits pour obtenir un litre d'huile. Autrement dit, un olivier dans sa maturité produit au moins 10 litres d'huile tous les deux ans. Mais les premiers fruits, l'olivier ne les produit qu'au bout de sept à dix ans de soins attentifs. On dit couramment en Grèce qu'un olivier est amorti au bout de 15 ans, puis qu'il atteint sa rentabilité maximale entre 35 et 150 ans. Et il arrive que des arbres vieux de 700 ans donnent encore 300 kilos d'olives ! Voyez donc le vieil olivier qui trône dans la montagne au-dessus de Kavousi : ses olives sont innombrables.

Olivier de Kavousi

Cet arbre est nourri d'une force quasi divine ! Comment ne pas citer une fois de plus Jacques Lacarrière qui écrit dans la Préface de La civilisation de l'olivier de Minelle Verdié : "Pour les Grecs, la plupart des arbres avaient une ascendance, une généalogie tragiques puisqu'ils étaient d'anciens humains métamorphosés en peupliers, cyprès, lauriers, à la suite de quelque sacrilège. Seul, l'olivier n'eut pas d'ancêtre humain ni de généalogie sacrilège. Il naquit directement de la pensée, du désir d'Athena. Il surgit d'elle, spontanément, cadeau divin offert aux hommes. Comme fut le feu par Prométhée, le cheval par Poséidon. Arbre pensé, arbre-pensée. Arbre qui, jadis pour les Grecs, et aujourd'hui pour nous, demeure toujours le plus court et le plus vert chemin entre le désir d'un dieu et celui des hommes."

Jean-Claude Schwendemann

Sources : La Civilisation de l'olivier de Minelle Verdié (Albin Michel)

Voir aussi Pes mou n° 11: "L'huile d'olive, breuvage miracle des Crétois" [lire...]

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