La vendetta, toujours d'actualité en Crète


La vendetta*, loi non écrite selon laquelle un crime ne peut être lavé que dans le sang existe toujours en Crète. Témoin, cet assassinat dans la première semaine de janvier d’un Crétois coupable de viol et de meurtre d’une jeune femme de Patima. Ce village situé non loin de Chania comptait plusieurs centaines d’habitants il y a cinq ans encore. Aujourd’hui, il n’en reste que…10 ! Et ce n’est pas le seul village crétois à mourir de "vendetta ", tous les membres de la famille d’un criminel ou portant simplement son nom étant contraints à fuir pour éviter la mort.

C’est ainsi qu’il y a exactement dix ans commença la vendetta entre les familles Tsontis et Koukouvitakis pour un vol de bêtes. Depuis, le village d’Aradena, dans les Montagnes Blanches, est désert, lui qui comptait alors encore 140 âmes.

La vendetta la plus connue et la plus sanglante est celle qui provoqua la mort de 140 personnes entre les familles Pentarakis et Sartzetakis, ancien Président de l’Etat grec, et obligea cette dernière à fuir à Thessalonique. Ce n’est qu’il y a dix ans que cessa cette vendetta grâce à un mariage entre les deux familles. Une des seules façons de faire taire une vengeance parfois séculaire. Quand ce n’est pas simplement parce que toute la lignée mâle a ainsi disparu. Il arrive même qu’un descendant soit obligé de reprendre la vendetta dix ou même vingt ans après les dernières hostilités.

Cette soif de vengeance est souvent due à l’absence de justice ou à la défiance à son égard. Mais le crime seul – dans ce cas, c’est la mère du disparu qui désigne la future victime dans son chant de deuil- n’appelle pas la vendetta. De simples querelles au sujet de propriétés, de vols de bêtes, des rixes après des soirées bien arrosées, sont parfois à l’origine de tels assassinats.

Aujourd’hui encore, on réveille et baptise des enfants à trois heures la nuit. Cela délivrerait l’enfant et la famille, touchée par la vendetta, des mauvais esprits.

D’après un article paru dans Athener Zeitung le 15.1.99

*A propos de vendetta, comment ne pas citer ces mots de Jacques Lacarrière dans L’Eté grec :

"Ce soleil, ces arbres, cette hospitalité, cette générosité avaient un envers impitoyable fait de nuits, de veillées funèbres, de vengeance ressassée, de haine jamais assouvie. L’étranger qui parcourt la Crète n’est jamais associé à ces ruminations sauvages, ces intrigues sournoises, ces meurtres qui couvent sans cesse… Et il risque de ne voir que sourires et libéralités là où fermentent des passions closes, où des lèvres se ferment à jamais quand le sourire n’est plus de mise."